L'officine
Témoignage

Relaxe : suite et fin

Ce jour, j’ai été intégralement relaxé des accusations de violences intrafamiliales dont je faisais l’objet depuis plus de deux ans. Afin de couper court à toute tentative de récupération malveillante de cette décision de justice, je me dois de préciser une chose importante : la juge, la procureure et mon avocate étaient des femmes (tout comme la Juge aux Affaires Familiales et la Juge des Enfants pour les autres dossiers).

Compte tenu de la gravité de ces accusations, j’ai préféré garder le silence en me retirant un certain temps des réseaux sociaux.

S’il a été établi que la complosphère française a honteusement instrumentalisé cette affaire, il n’en reste pas moins que de telles accusations ne pouvaient être balayées d’un revers de la main au prétexte que la plaignante avait pactisé avec les pires acteurs de la désinformation et de la manipulation de l’opinion en France.
Une certaine prudence a toutefois été observée chez certain-e-s qui auront préféré suspendre leur jugement en attendant que la justice ne se prononce, sans pour autant écarter la version avancée par la plaignante dont le récit semblait malgré tout comporter des incohérences.

Après deux années à observer en silence et à subir cette injustice, je prends aujourd’hui la parole pour exposer les manœuvres contestables de ceux qui, sous prétexte de défendre des causes légitimes, ont discrédité leurs opposants et influencé l’opinion en commentant une affaire dont ils ignoraient tout. Des méthodes d’autant plus révoltantes qu’elles émanent de personnes se revendiquant imperméables à la désinformation et aux théories conspirationnistes.

La supercherie a désormais assez duré.

Marie Peltier & Stéphanie Lamy

Les prémices

Le 28 novembre 2022, le service CheckNews du quotidien Libération publie un article revenant sur l’interview de la plaignante donnée six jours plus tôt par le photographe de rue Idriss Aberkane. Cet article suscitera de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, notamment chez les complotistes, vexés de voir une fois encore leurs théories boiteuses malmenées par les faits.

[À cette période, j’avais posé mes valises en urgence dans un Airbnb avec Yogina, depuis que notre domicile avait reçu la visite de Gérard Camberlin, envoyé par Xavier Azalbert, pour exercer sur moi une pression afin que je lui cède ma société de presse Fact & Furious. Nous compilions alors l’ensemble des injures et des menaces de mort que nous recevions pour notre dossier judiciaire, suite à cette interview de la plaignante et aux articles consécutifs de FranceSoir sur cette affaire. Cette compilation fera plus de 250 pages.]

Parmi ces réactions, certaines sont plus vives que d’autres et proviennent de personnes qui, en apparence, n’ont rien à voir avec les milieux conspirationnistes.
C’est alors que je tombe sur la publication d’une certaine Marie Peltier, qui me compare à l’assassin « Bertrand Cantat« .

C’est violent, c’est sale, je souffre, mais il faut que j’avance. J’ajoute donc machinalement cette publication au dossier qui recense les pires crasses sur moi. Une tâche ingrate et douloureuse, dont je me serais bien passé au passage, mais indispensable pour monter ma plainte.
Plus tard, je découvre les publications d’une certaine Stéphanie Lamy sur Mastodon, antérieures à la publication de l’article de CheckNews. Sur la base de l’interview donnée par Aberkane, cette personne m’invente littéralement une vie que je n’ai jamais eue et parle également de « contrôle coercitif » que j’aurais exercé sur la plaignante et ma fille.


Qui est cette personne ?
Que me veut-elle ?
Pourquoi raconte-t-elle autant d’âneries ?
De qui parle-t-elle quand elle dit « l’autre meuf » ? Yogina ?

Me voir accusé par une parfaite inconnue d’exercer un « contrôle coercitif », à un moment où je dévoilais à mon avocate des SMS dans lesquels ma fille qui se plaignait des coups de sa mère, est d’une violence sans nom.
En effet, ma fille m’avait envoyé des messages avec une photo de son bras tuméfié, attestant des violences subies par sa mère. Elle m’expliquait également avoir été frappée par sa mère et qu’elle lui avait aussi poussé la tête.
Le contenu de ces échanges a été versé à plusieurs dossiers, notamment d’ordre pénal.
Par ailleurs, ma fille ayant été suffisemment exposée dans FranceSoir et plus globalament sur les réseaux sociaux
, et par souci de pudeur, je ne publierai pas les captures d’écran de ces échanges.

Pour Yogina, rabaissée au méprisable statut de « l’autre meuf » par S. Lamy, alors qu’elle subissait les pires violences sexistes et misogynes qu’une femme puisse connaître sur les réseaux sociaux, le choc est profond.
Ces violences, causées par un vrai raid masculiniste, sont quant à elles toujours en ligne et accessibles facilement. Ce que Yogina a subi constitue une forme de violence sexuelle et sexiste, il est essentiel de le nommer.
Avec Yogina, nous décidons donc de survoler les publications des intéressées, qui n’ont pas attendu la sortie de l’article de Libé pour déverser leur fiel à mon sujet.

Extraits, non exhaustifs, de leurs déclarations :

Source 1Source 2 Source 3Source 4

S’installent alors la stupeur et le dégoût à la lecture de ces publications. Je comprends à cet instant que leur but n’est pas de soutenir la plaignante, mais de me détruire, moi, mon image, ma profession et mon entourage, tant professionnel que personnel.

C’est donc à cela que ressemble l’analyse d’un sujet par des expert·e·s autoproclamé·e·s de la désinformation, du complotisme et des opérations sémantiques ? J’en doute fortement.

Je me dis alors que le féminisme mérite tellement mieux que ça. Mais j’y reviendrai plus tard.

L’analyse

Marie Peltier est présentée sur Wikipédia comme : « Enseignante à l’Institut supérieur de pédagogie Galilée de Bruxelles et essayiste, elle est spécialiste de la mise en récit des questions étrangères et de la manipulation des médias, ainsi que de la propagande du régime syrien, de sa réception en Europe et du complotisme en lien avec la question de la guerre civile syrienne. » Un profil corroboré par sa présentation personnelle sur son blog.

Stéphanie Lamy est présentée sur Google Books comme étant « une spécialiste des guerres de l’information et militante féministe qui enquête sur les opérations de désinformation et conseille celles et ceux qui souhaitent s’en prémunir. » Un profil corroboré par le site Expertes, qui la présente comme étant « spécialiste des opérations sémantiques (stratégies de désinformation) et militante féministe. »

J’ai donc à mes trousses une spécialiste de la manipulation des médias et du complotisme, accompagnée d’une militante féministe spécialisée dans les opérations sémantiques. Deux expertes déterminées à éliminer toute opposition pour imposer leur vérité fondée sur un récit conspirationniste.

Pour Yogina, qui témoignera plus tard de la violence des réelles attaques masculinistes qu’elle a subies, c’est une trahison. Elle qui a véritablement subi des violences sexistes et misogynes de la part de la complosphère, qui a été comparée à une actrice porno et qui a été jugée incapable de rédiger des articles parce qu’elle était une femme. Un véritable body shaming s’est abattu sur elle. Ce type de réduction, profondément déshumanisante, laisse des cicatrices durables.

Comment ces deux spécialistes ont-elles pu l’invisibiliser à ce point ? Pourquoi deux spécialistes de la désinformation et féministes, de surcroît, censées avoir étudié leur sujet avant de s’exprimer, ont-elles laissé sur le bord de la route une femme en détresse et salie sur la place publique ?
Mon avis est que les victimes ne les intéressent pas.
Sous couvert de militantisme et de lutte contre la désinformation, ces deux spécialistes auront, pendant des mois, servi à leur public la même soupe froide et indigeste que les complotistes.

La presse ayant traité le sujet est alors invectivée : « la presse protège Daoust, la couillesion du boys club mascu des fact-checkers, défense compulsive d’un copain, faute professionnelle, etc. »
Le récit selon lequel l’AFP ou Libé m’auraient protégé est tout droit sorti de l’imaginaire de la complosphère. C’est pourtant le narratif épousé par ces deux expertes.
Bref, pour elles, j’étais coupable sans autre forme de procès, malgré la présence de nombreux angles morts pourtant si essentiels à nos spécialistes.

La France compte encore des quotidiens de qualité, portés par des journalistes engagés dans la recherche d’informations précises et équilibrées.
À titre d’exemple, lorsque le journaliste de CheckNews m’a contacté pour son article, j’ai pu constater qu’il abordait son travail sans parti pris ni préjugé. Je ne connaissais pas ce journaliste, et pourtant, j’ai été frappé par sa démarche rigoureuse. Son objectif était de recueillir l’ensemble des éléments liés à cette affaire, et ses questions, parfois déstabilisantes, visaient à vérifier la cohérence de mes réponses. Je lui ai fourni tous les éléments en ma possession, conscient que cet exercice, bien que peu confortable, était essentiel à la recherche de clarté et de vérité.

C’est justement parce que certaines personnes ont pris la peine d’étudier les éléments avancés par les deux parties qu’elles se sont montrées plus réservées sur cette affaire.

Le point de non-retour

En affichant publiquement une position aussi tranchée et unilatérale, Marie Peltier et Stéphanie Lamy s’enferment dans une impasse dont il leur sera difficile de s’extraire au long cours.
Des internautes invitent alors ces deux spécialistes à davantage de retenue dans leurs déclarations et à adopter une posture plus neutre, d’autant plus qu’elles sont présentées comme des expertes en désinformation. À ma connaissance, l’objectif n’a jamais été de leur démontrer mon innocence ou ma culpabilité, mais plutôt de mettre en lumière un contexte spécifique, dont la résolution relevait uniquement de la justice.

Réalisant qu’aucun retour en arrière ne leur serait possible sans que cela n’entache leur image de « spécialistes », Stéphanie Lamy et Marie Peltier ont alors accusé ces internautes, femmes comprises, de harceleurs masculinistes.
À aucun moment je n’ai demandé à des internautes de me croire sur parole et d’intervenir sur les réseaux pour apporter la contradiction à ces deux femmes.

Cela aurait pu en rester là. Mais non, il fallait absolument continuer à étaler de pseudo-compétences d’analyse à un public qui ne voit que du feu à la supercherie.

L’alimentation du récit

Au premier semestre 2023, Marie Peltier donne une série de conférences payantes sur des thèmes divers et variés. Bien que les thèmes de ses conférences, tels qu’annoncés sur son blog, n’étaient pas centrés sur l’affaire Fact & Furious, l’essayiste ne s’est pas gênée pour aborder le sujet en des termes profondément révoltants et humiliants. Voici quelques extraits, non exhaustifs, de propos tenus par Marie Peltier lors de ses conférences (payantes) entre janvier et mai 2023.

Source : Conférences de Marie Peltier diffusées sur YouTube et MariePeltier.org. Diffusion de courtes citations conformément aux articles L122-5 et L211-3 du Code de la Propriété Intellectuelle, en raison du caractère critique, polémique et informatif de l’œuvre.

Comme si la comparaison à Bertrand Cantat ne suffisait pas quelques semaines plus tôt, elle affirme désormais que le traitement médiatique réservé à l’affaire Fact & Furious est le même que celui réservé aux prêtres pédophiles protégés par l’Église catholique.
Ainsi, l’argument de « l’omerta » brandi par la complosphère française est désormais intégré à son récit. La comparaison est aussi abjecte que délirante.
De mon côté, je garde le silence. Depuis le début, j’observe, avec amertume, la manipulation d’une audience déjà acquise à sa cause.

Contrairement à ce qu’elle a affirmé et affirme encore aujourd’hui :

  • Elle a bel et bien parlé de cette affaire, dont elle ignore tout, dans ses conférences payantes.
  • Ses propos ne sont pas tous des citations hors contexte ou des réactions à des questions du chat : ils sont spontanés et assumés.

J’apprends ensuite que ces mêmes personnes sont invitées sur des plateaux télé, prétendument en qualité d’expertes. Une gêne profonde me gagne, non pas pour elles, mais pour le public qui les écoute.
La crise du COVID a pourtant démontré le danger de donner la parole à des individus à l’expertise douteuse, semant ainsi le doute et la confusion dans l’opinion publique. Triste constat : aucune leçon n’en a été tirée.

Bis repetita

Début 2025, alors que Yogina et moi retrouvions un semblant de quiétude sur les réseaux sociaux, les deux expertes décident de remettre le couvert sur cette affaire, malgré mon silence le plus absolu à leur sujet.

Sur BlueSky, par exemple, je me retrouve affiché par Stéphanie Lamy comme étant un « harceleur » notoire. Dans le même temps, cette dame se fend d’une publication dans laquelle elle déclare : « Ça se trouve que d’ici quelques mois, leur pote #JeSuisAntoine sera condamné pour violences conjugales. On verra bien s’ils s’excuseront. (Je doute très fort). »
On verra bien si elle s’excuse. En fait non, je n’attends rien de ce genre de personne, si ce n’est qu’elle nous lâche la grappe définitivement, à Yogina et moi. Après avoir tenté l’irréparable en décembre 2023, je n’ai nul besoin de la toxicité de tels propos pour me reconstruire.

Des déclarations qui évoquent les prédictions hasardeuses de Marie Peltier en décembre 2022 :

J’ai donc suivi la suggestion de l’experte et j’ai bien retenu cet épisode pour écrire ce témoignage

Plus tard, en janvier 2025, cette dernière accusera Yogina d’être une menteuse. Les victimes de VSS apprécieront la démarche.
Elle déclare ainsi : « Elle [ndlr : Yogina] prétend, entre autres, que j’aurais consacré des conférences à l’affaire Facts and Furious/ Daoust (sous-entendu, je me fais du blé au passage là-dessus). C’est un mensonge. Je n’ai jamais ni donné de conf à ce sujet, ni même évoqué ce sujet […] »
Ce récit est en revanche bel et bien mensonger, comme l’attestent les extraits de ses conférences publiés plus haut dans ce témoignage.

Elle accusera encore Yogina d’avoir menti dans un article du Figaro et de Charlie Hebdo consacré, en partie, à Marie Peltier et Stéphanie Lamy. Comme si les journalistes ne vérifiaient pas un minimum avant de publier.

Selon l’experte, Yogina aurait aussi « tout osé en matière de diffamation » la concernant, mais qui, par pitié, ne lui a pas intenté de procès. Comme si Yogina devait la remercier…

Plusieurs questions se posent alors :

  • Que penser du titre d’expert d’une personne qui s’exprime sur un sujet dont elle ignore quasiment tout ?
  • Que penser de l’expertise d’une personne qui affirme intervenir « pour la diplomatie française sur les questions de lutte contre la désinformation » lorsque cette intervention se résume à une prise de parole dans l’épisode d’un podcast sur le site de France Diplomatie ?
  • Que penser de l’expertise d’une personne qui affirme faire l’objet d’un bashing et d’un harcèlement de la part d’un blog qui ne la mentionne et ne la cite jamais ?
  • Que penser de l’expertise d’une personne qui milite pour la vasectomie de pères mauvais payeurs ?
  • Ou encore, que penser de l’expertise de féministes qui prennent à partie des femmes victimes de violences ?
  • Enfin, que penser de l’expertise de personnes qui bloquent systématiquement tous leurs contradicteurs en les qualifiants de harceleurs masculinistes ?

Conclusion

Au-delà du fait qu’il me paraît important de pouvoir me laver définitivement de ces accusations, je souhaite que ce témoignage serve d’invitation à la réflexion sur différents sujets.

Je pense que dans la précipitation d’un jugement hâtif sur un événement sans en maîtriser les tenants et les aboutissants, c’est surtout à la vérité que l’on tourne le dos. Et c’est justement dans ce cas de figure qu’intervient l’esprit critique.

Je n’en veux personnellement pas aux deux expertes de m’avoir jugé (coupable) sur les seules déclarations d’une plaignante. Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce que des hommes ont abusé de femmes et que celles-ci sont malheureusement restées trop souvent silencieuses. Au final, j’ai surtout le sentiment de payer les pots cassés de ces connards.

Enfin, être capable de s’exprimer publiquement sur un sujet, c’est aussi être capable d’accepter la critique. Critiquer de façon argumentée et répétée, ce n’est pas harceler. Remettre en cause une légitimité, ce n’est pas harceler.

Pour Yogina et moi, la page est désormais définitivement tournée. Nous maintiendrons ce blog ouvert aussi longtemps que nous le jugerons nécessaire.

Xavier Azalbert a été condamné en première instance des 13 chefs d’accusation de diffamation à mon égard. Dans la mesure où il a fait appel, il reste donc présumé innocent des faits qui lui sont repprochés.

Ces dernières lignes sont pour mon avocate, Me Marine Schwalbert. Sans elle, je ne serais sans doute pas en train d’écrire ces mots. Son soutien, sa disponibilité, sa compassion et ses compétences hors pair auront été déterminants dans cette traversée du désert.

Merci également à Yogina et à toutes celles et ceux qui nous ont soutenu.